Aides soutenues au transport sanitaire, peut-être une lueur d’espoir…

Trois mois…

Voilà désormais bientôt trois mois que les frappes américano-israéliennes contre l’Iran ont débuté et que les prix des carburants s’envolent. Les jours passent et se ressemblent.

La résilience des TPE-PME face à ce conflit commence à s’effriter.

C’est clairement ce que révèle le dernier baromètre publié par BPI-Rexecode¹. 62% des TPE-PME déclarent ressentir d’ores et déjà des répercussions négatives sur leur trésorerie ou leurs résultats. Et 25% d’entre elles font état d’un impact important.

Certes, si sept TPE-PME comptent répercuter une partie de la hausse des coûts sur leurs prix de vente, c’est chose impossible dans le transport sanitaire où les prix sont gelés par voie conventionnelle.

Cette nouvelle secousse géopolitique risque de jouer le triste rôle d’accélérateur dans les défaillances d’entreprises qui sont aujourd’hui à des niveaux records. D’après les chiffres de la Banque de France publiés il y a quelques jours², le nombre de défaillances cumulées à fin mars 2026 a augmenté de 5% sur un an, se rapprochant du chiffre total de 70 000.

Parmi les secteurs les plus touchés, le transport est frappé de plein fouet. C’est un secteur qui bénéficie pour partie des aides exceptionnelles de l’Etat mises en place pour amortir le choc de la flambée des prix énergétiques.

Des aides dont nous n’avons de cesse de dénoncer le caractère complexe et largement insuffisant.

70 euros par mois et par véhicule, certes c’est toujours mieux que rien, mais ce n’est finalement presque rien (une aumône) au regard de la consommation de nos véhicules pour assurer quotidiennement le transport sanitaire de milliers de patients.

Depuis le début de cette crise, la Fédération nationale des ambulanciers privés (FNAP) a fait porter la voix des ambulanciers auprès des pouvoirs publics par l’intermédiaire de la puissante Fédération nationale des transports routiers (FNTR) dont elle est membre. Parallèlement, elle agit aussi directement auprès d’eux.

C’est ainsi que les quatre organisations professionnelles représentatives du transport sanitaire ont été reçues le 12 mai 2026 par les conseillers du ministre Serge Papin en charge des TPE-PME.

Cette réunion a été catastrophique. Les jeunes conseillers du ministres, bardés de diplômes et pour lesquels le monde de l’entreprise se résume à des fiches techniques, nous ont accueilli poliment mais avec une totale indifférence. Ils se sont bornés à nous renvoyer vers des dispositifs de médiation des entreprises, de médiation du crédit, des prêts bancaires...

Puis nous ont été reçues le 21mai 2026 par Stéphanie Rist, ministère chargée de la santé. Un accueil différent. La ministre s’est montrée plus attentive et à l’écoute de nos difficultés qu’elle paraissait bien mieux comprendre.

Elle a ouvert la voie à des travaux concrets visant à identifier des pistes d’optimisation susceptibles de redonner des marges de manœuvre, à la fois opérationnelles — notamment dans le domaine du transport urgent préhospitalier — et financières aux entreprises du secteur.

Faut-il voir dans cette compréhension une lueur d’espoir ? Ou plus cyniquement une tentative de vouloir gagner du temps ? Ou bien assistons-nous à une répartition des rôles façon « bon flic/mauvais flic » entre Bercy et la Santé ?

Ces quelques années à la présidence de la Fédération m’ont appris la prudence. C’est l’une des principales qualités qu’il faut opposer dans le cadre des rencontres avec le monde politique.

Nous allons continuer à porter la voix des ambulanciers, sereinement, méthodiquement, patiemment et de façon constructive. Pour le moment, discuter, dialoguer et progresser, sans éclat de voix, jusqu’au jour où cette méthode deviendra insuffisante ou improductive. Nous changerons alors de mode opératoire.

Je l’ai encore dit cette semaine à l’une de mes interlocutrices qui nous rappelait combien le transport sanitaire était utile et nécessaire : comme en amour, il ne faut pas que des paroles, il faut des actes.

Alors Madame la Ministre, il est vraiment temps de passer aux actes…

¹ Baromètre Bpifrance Le Lab - Rexecode « Trésorerie, Investissement et Croissance des TPE-PME » Au 2ème trimestre 2026 : l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les perspectives des dirigeants reste limite a ce stade - Bpifrance | Presse

² Défaillances d'entreprises - 2026-03 | Banque de France