Les semaines qui s’ouvrent seront décisives pour l’avenir du secours d’urgence dans notre pays.

Depuis plusieurs semaines, l’annonce d’un projet de loi visant à en réformer la gouvernance agite l’ensemble des acteurs du secteur. Les échanges et les rencontres se sont multipliés, sur la base de documents de travail non officiels et non finalisés. Cette situation a nourri interrogations, inquiétudes et parfois spéculations.

Vendredi dernier, une première réunion officielle a été co-organisée par les ministères de l’intérieur et de la santé, réunissant les trois grandes familles du secours d’urgence : les ambulanciers privés, les SDIS et la médecine d’urgence. Cette rencontre n’était pas le « grand soir ». Elle n’avait pas vocation à trancher. Mais elle a eu le mérite d’exister et de poser un cadre.
À cette occasion, la Fédération nationale des ambulanciers privés (FNAP) a porté une ligne claire :
- exigence de transparence, avec la communication du texte ;
- exigence de méthode, avec une véritable co-construction en présence de tous les acteurs ;
- exigence d’écoute, avec la prise en compte de la parole des acteurs de terrain et notamment des ambulanciers.

Les pouvoirs publics se sont engagés à transmettre le projet de réforme et à ouvrir une phase de concertation. Cet engagement est essentiel : il nous permettra de formuler nos observations, de proposer des améliorations et de défendre l’équilibre indispensable au bon fonctionnement du système.

Si cette réforme semble voulue au plus haut niveau de l’État, rappelons une évidence : ce sont les acteurs du secours d’urgence qui connaissent le mieux les forces, les fragilités et les réalités opérationnelles du secours d’urgence. Les ambulanciers privés ne resteront pas silencieux. Ils feront entendre leur voix avec responsabilité et détermination. L’organisation des secours et de l’urgence préhospitalière ne se fera pas sans eux.

Notre ligne est claire : ne pas déstabiliser l’existant, au risque de fragiliser la prise en soins des patients, tout en contribuant à corriger ce qui doit l’être. Améliorer sans casser. Moderniser sans désorganiser. Cette amélioration passera nécessairement par la recherche d’un équilibre entre tous les acteurs de l’urgence. Cet équilibre suppose que les périmètres d’intervention de chacun soient clairement et précisément définis, afin d’éviter les chevauchements, les tensions inutiles et les pertes d’efficacité.

L’équation est complexe, mais elle n’est pas insoluble. Elle exige introspection et acceptation. Un dialogue de qualité, attentif et respectueux, ainsi qu’une vision partagée de l’intérêt général sont les clés de la réussite.

Mais au-delà du fond, et éventuellement de la forme, d’autres paramètres sont à prendre en compte.

Cette réforme du secours d’urgence s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation administrative, visiblement impulsé par le Président de la République. Trouvera-t-il une majorité autour de ce texte ? Aujourd’hui elle est en phase de gestation. Son contenu final demeure très incertain, car in fine, c’est le Parlement qui aura le dernier mot.

Dans ce contexte, la FNAP prendra toute sa part au débat. Avec un esprit constructif, mais sans renoncer à défendre la place et la légitimité des ambulanciers privés. Parce qu’au-delà des équilibres institutionnels, c’est la qualité de la réponse apportée aux patients, partout sur le territoire, qui doit rester notre boussole commune.

Bruno BASSET
Président